_____Voilà. Une fois de plus je me retrouve devant la page blanche de mon ordi, et une fois de plus je cherche mes mots. Enfin mes mots, ils sont un peu à tout le monde. Mais j'espère pouvoir posséder ceux que j'énonce. Ce serait terrible tout de même, que ce soit les mots qui nous contrôlent. On va pour dire une chose, et Paf ! Ta bouche formule le contraire. Ce serait vicieux, et malsain même. Tu pourrais, par un mot mal placé, mal dit, méchant, antinomique, ridicule, grossier, vulgaire, antithétique, gentil, mal prononcé te dénoncer, te ridiculiser, briser des espoirs, mentir, fâcher, peiner, dégoûter, taire un maux, ou faire du mal, évidemment. Oui ce serait terrible de vivre avec la menace d'un mot au dessus de soi, de savoir que celui-ci peut s'abattre à tout moment sur ton expression, et que celle-ci s'en retrouverait réduite. Que tu n'expires plus ce que ta tête, ton esprit ou ton c½ur aspirent. Tant de choses peuvent dépendre d'un mot, d'un ridicule mot. D'une succession stupide de lettres, de sons collés maladroitement.
_____ Mais le pire dans tout ça, c'est que oui, on dépend d'un mot. Des mots. Et ceux-ci nous dépassent parfois. On ne connait pas la conséquence de nos actes, on peut seulement la prévoir. Mais celle d'un dire, on peut juste l'imaginer. Parce qu'en réalité, chacun à sa propre définition d'un mot, et personne ne s'exprime de la même façon. Un simple regard peut signifier tant pour une personne tandis qu'un simple « Salut » peut vouloir aussi tant dire. On s'adapte aux personnes en croyant les connaître, mais au fond, ce n'est jamais que des suppositions.
_____ Et ce qui est terrible, c'est qu'on est chaque jour victime de nos mots.
Photo: Mark Aplet